La sagesse est au coin de la rue

Mes petites tribulations

 

L’érotisme et la mort : la Scène du Puits (Lascaux) 6 février 2010

Enregistré dans : Winnie aime l'art — Winnie @ 12:30

Même si nous sommes en février, permettez-moi de vous souhaiter une bonne année à tous ! 2010 sera une année éprouvante et pleine de défis pour ma part mais nous y reviendrons dans le courant de l’année.

Aujourd’hui j’aimerais vous proposer une partie (une oeuvre très exactement) de la dissertation que j’ai rédigé pour le concours du patrimoine 2009. Comme je vous l’ai dit, je suis assez satisfaite de cette dissert (notée 9,5 par le jury - cela dit ce que vous allez lire est beaucoup mieux rédigé et documenté que la dissert initiale… l’avantage d’avoir le temps de faire les choses bien !) et tout de suite en sortant de l’épreuve je me suis dit que je tenais une série d’articles de blog fantastique ! Cette série est d’autant plus importante pour moi que je ne pourrais pas passer le concours cette année (j’y reviendrais) voire sûrement plus du tout (du moins en externe). Alors oui bon hein il est possible que certains articles de cette série ne soit pas visible par des enfants mais comme ça vous comprendrez la douleur que j’ai ressenti pendant 1 an à lire des ouvrages sur le sujet dans les transports en commun ! (ça va surtout swinguer sévère dans mes stats Google !)

Le concours pouvait donc porter sur 2 sujets : “l’artiste” ou “l’érotisme”. Le premier étant tombé l’année dernière et connaissant ma poisse, je pressentais fortement que ce serait l’érotisme. BINGO puisque le sujet était (mais vous le savez déjà si vous êtes un lecteur assidu ou si vous avez lu le titre de l’article)

L’érotisme et la mort

En guise d’introduction, je citerais deux penseurs qui ont lié fortement les concepts d’érotisme et de mort dans leur oeuvre :

  • Freud utilise ainsi les concepts d’Eros (signifiant “le désir sexuel” en grec - racine du mot érotisme) et de Thanatos (signifiant “la mort”) comme les deux instincts fondamentaux de l’homme qui compose sa libido et donc le taraude en permanence. Freud oppose ces deux concepts dans un premier temps pour montrer ensuite qu’ils sont indissociables, ne peuvent exister l’un sans l’autre mais surtout répondent à une “tendance commune”. (Au delà du principe de plaisir, 1919).
  • Georges Bataille publie en 1957 un long essai consacré à l’Erotisme. Il est le premier à théoriser ce concept qui connaîtra alors une très longue fortune même si on ne peut considérer son ouvrage comme un ouvrage scientifique, plutôt comme une méditation sur l’idée de l’érotisme. En 1962, dans Les larmes d’Eros, il approfondit sa méditation sur les différentes représentations de l’érotisme et il illustre combien la mort et l’érotisme sont fondamentalement liés l’un à l’autre, dans la même perspective d’interdépendance que décrivait Freud 50 ans plus tôt :
« Le résultat de l’érotisme, envisagé dans la perspective du désir, indépendamment de la naissance possible d’un enfant, c’est une perte, à laquelle répond l’expression paradoxalement valable de “petite mort” »

Dans cette perspective d’une morte liée physiquement, organiquement, à l’érotisme, on peut lire, en suivant Georges Bataille, la Scène du Puits de la Grotte de Lascaux :

scène puits lascaux
18 000 - 15 000 BP (Peter80 sur Wikimedia Commons)

Georges Bataille y voit donc « l’érotisme lié à la mort […] la mort liée au péché, liée à l’exaltation sexuelle, à l’érotisme ! » (Les Larmes d’Eros). La lecture traditionnelle de cette scène par l’Abbé Breuil (premier préhistorien français) est celle d’un accident de chasse : l’homme gît, tué par le bison qu’il avait pourtant blessé auparavant (ses entrailles sortent de son flanc), le poteau et l’oiseau étant la représentation d’un poteau funéraire comme on en trouve chez certaines populations indiennes d’Amérique du Nord. Bataille lui se focalise sur le sexe dressé de l’homme à terre et lit cette scène comme une expiation du meurtre de l’animal : l’excitation sexuelle (l’éros) naît de la mort que l’homme soit mort ou qu’il soit bien vivant et jouisse d’avoir tué l’animal.

Cette lecture érotique est entérinée au même moment par la nouvelle grille d’interprétation de l’art préhistorique que met au point l’ethnologue André Leroi-Gourhan. Il réalise ainsi des tableaux de comparaison de toutes les figures et signes gravées ou peints sur les parois des grottes préhistoriques. Selon cette lecture, il ne s’agit pas des entrailles du bison mais d’un idéogramme représentant une vulve : le bison est une femelle qui s’apprête à chevaucher l’homme, couché dans l’attente de l’acte sexuel, le javelot n’étant pas à lire au sens littéral mais comme un symbole de l’érection.

Il est bien évidemment impossible de trancher entre toutes ces interprétations. Mais il est intéressant de noter que pour chacune d’entre elles, la représentation de l’érotisme et de la mort sont liés l’une à l’autre. Bien plus, l’imbrication de ces deux notions à Lascaux est particulièrement parlante pour une réflexion sur l’histoire de l’art, puisque pour Georges Bataille Lascaux est tout simplement le lieu de la naissance de l’art. Comment donc l’articulation entre les notions d’érotisme et de mort peut nous permettre de comprendre l’évolution de l’art à travers les époques ?

Je m’efforcerais dans les épisodes suivants d’y répondre par l’intermédiaire de ces deux interrogations :

La représentation de la mort est-elle érotique ?
L’érotisme lui-même est-il immortel ?
 
 

Eric-Emmanuel Schmitt - L’Evangile selon Pilate 11 décembre 2009

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Je profite d’une grasse matinée improvisée pour continuer le compte rendu de mon défi Blog-o-trésors. Alors malheureusement je ne pourrais pas vous parler d’un Turbulent silence d’André Blink car en voulant faire ma maligne et en l’achetant en anglais, je me suis trompée de livre et au lieu de A chain of voices (titre original en anglais) moi j’ai lu The other side of silence qui n’a jamais été traduit en français et est bien plus récent.
Cela dit c’était un livre vraiment très fort, sur l’histoire d’une pauvre hollandaise laide qui espère trouver un meilleur monde en immigrant en Afrique du Sud et va sombrer peu à peu dans une grande déchéance après avoir été violée et battue (il y a une scène de violence insoutenable toutes les 3 pages) pour essayer de se relever et de se venger. Bon ça donne pas trop envie comme ça mais c’est un très beau livre, par contre il faut avoir le coeur bien accroché.

couverture evangile

Après donc ce petit écart, j’ai poursuivi mon parcours et j’ai lu L’Evangile selon Pilate proposé par Emmyne. Alors déjà le titre est trompeur car le livre est composé de DEUX évangiles : un évangile selon Jésus himself (qui fait 1/3 du volume), puis, l’évangile selon Pilate promis, Pilate reprenant le récit là où Jésus est obligé de le laisser, soit après sa mort.

Dans les commentaires d’Emmyne, on peut lire une certaine Ys qui s’offusque qu’elle ait choisi ce roman comme un trésor… elle répond que “je sais, c’est dur un lundi matin, mais ce livre là…, désolé m’dame. Juste celui-ci, ( le premier lu de Schmitt ), les autres m’ont laissés froide. As-tu vu la pièce L’Evangile selon Pilate avec Jacques Weber ? Impressionnante. ( Bon, et tu l’as lu cet Evangile ??? )”. C’est tout à fait ça. J’avais déjà lu du Schmitt, juste après la parution de l’Evangile quand il a commencé à être à la mode et j’avais toujours trouvé ses romans inachevés. Ils étaient intéressants, il y avait plein d’images et de phrases scotchantes mais je sais pas, ça allait trop vite, c’était pas assez développé, noyé au milieu et je me disais qu’il avait matière à faire quelque chose de plus abouti.
Ce n’est pas le cas de l’Evangile. Il est vraiment très prenant, son style, relativement simple, vous permet de dévorer le roman très rapidement et permet d’aller à l’essentiel. L’Evangile selon Pilate est très intéressant, puisque c’est une espèce d’enquête policière pour retrouver le corps de Jésus. Pilate croit au départ à une manipulation de la part des apôtres pour faire croire à la Résurrection jusqu’à finir, après avoir épuisé toutes les hypothèses rationnelles, par croire en la Résurrection. C’est très brillant et les différents personnages rencontrés m’ont beaucoup fait penser à ceux des Rois Mages de Tournier.

Mais ce qui m’a causé le plus grand choc, ce sont les 80 premières pages. Parce que faire parler Jésus, il faut oser quand même. Et même si le Jésus de Schmitt est différent de celui des Evangiles traditionnels et de celui auquel je crois (mais après tout je n’en sais rien si le mien est le bon non plus ^^’), j’ai vraiment aimé son Jésus. Je ne peux donc me retenir de vous livrer les premières pages du roman, quand Eric-Emmanuel Schmitt a réussi à me faire adhérer à son roman, en retournant fort adroitement le sacro-saint pacte de lecture :

J’ai vécu une enfance rêveuse. A Nazareth, chaque soir, je m’envolais au-dessus des collines et des champs. Lorsque tout le monde dormait, je passais la porte silencieuse, j’ouvrais les bras, je prenais mon élan et mon corps s’élevait. Je me souviens très bien de la résistance de l’air sous mes coudes, un air plus compact, plus solide et consistant que l’eau, un air embaumé de l’odeur humide des jasmins qui me portait sans un souffle de vent. (…)
Et puis il y eut cette partie de chat perché. Après, plus rien ne fut jamais semblable.(…)
Eprouvant comme jamais l’envie de gagner, je me mis à grimper sur une immense pointe rocheuse, les prises s’enchaînaient, je ne respirais même plus, je montais, je montais et je me retrouvai sur la plate-forme, seize coudées au-dessus du sol. En bas, mes camarades n’étaient plus que des calottes de cheveux avec des petits pieds autour. Ils ne me trouvaient pas. Devenu inaccessible, je ne participais plus au jeu. Au bout de quelques minutes, je poussai un grand cri pour signaler ma présence. Ils se cassèrent le cou, m’aperçurent et applaudirent.
- Bravo, Yéchoua ! Bravo ! (…)
Je me levais pour redescendre et là, la peur me saisit. Je ne voyais absolument pas comment revenir… Assoupi, je palpai le rocher par lequel j’étais venu : lisse. Je suai. Comment faire ?
Soudain la solution m’apparut : il suffisait que je vole. Comme chaque nuit.
Je m’approchais du bord, les bras écartés… L’air n’était pas dense, liquide sous mes bras, comme dans mon souvenir… Je ne me sentais plus porté, au contraire, c’étaient mes épaules, mes seules épaules, qui soutenaient avec peine le poids de mes bras tendus… Du bronze… D’ordinaire, il suffisait que je soulève légèrement les talons pour décoller mais là, mes pieds, rebelles, restaient au sol… Pourquoi étais-je subitement si lourd ? (…)
Je me réveillai sur le dos de mon père, Yoseph, que Mòchèh était allé chercher en hâte. J’avais perdu conscience. Mon père descendait le rocher, sachant trouver les prises imperceptibles. (…)
J’avais aussi entrevu que je pouvais mourir. Moi ! Yéchoua ! D’ordinaire, la mort ne me concernait pas. (…) Non, moi j’étais parti pour vivre pour toujours… (…) Je n’avais rien à voir avec la mort. Et pourtant, là, chat perché sur mon rocher, j’avais senti son souffle humide sur ma nuque. Dans les mois qui suivirent, j’ouvris des yeux que j’aurais préféré garder fermés. Non, je n’avais pas tous les pouvoirs. Non, je ne savais pas tout. Non, je ne m’avérais pas immortel. En un mot : je n’étais pas Dieu.

Si certains sont curieux, je prête gracieusement mon exemplaire !

 
 

Des nouvelles, un peu quand même 25 novembre 2009

Enregistré dans : Winnie aime blogguer, Winnie aime les potins — Winnie @ 20:38

Oui parce que bon c’est pas comme si je vous avais laissé sur ce suspense insoutenable fin août après avoir passé mon concours. Comme tu dois t’en douter ami lecteur, non je n’ai pas été admissible sinon je t’aurais déjà saoûlé avec une longue note sur mon oral angoissant. Non, j’ai raté l’admissibilité à 40 points et il m’aurait été impossible cette année de l’avoir… ma meilleure note est en anglais, j’ai eu 11,5 ! Ensuite j’ai eu 9,5 en dissertation et 4 en commentaire. Il n’est donc pas possible de faire croire aux examinateurs que vous êtes spécialiste d’une période si vous ne l’êtes pas, nous en sommes désormais persuadés. Je suis d’ailleurs un peu embêtée car je m’étais dit que je ne retenterais pas le concours l’année prochaine si j’avais moins de la moyenne en dissert… mais là 9,5 c’est genre “allez force un peu plus et tu peux l’avoir”. Creugneugneu.

J’ai également postulé à deux offres d’emploi pour être régisseur aux mois de septembre et octobre. Pour la première, le musée des Beaux-Arts de Lyon m’a informé que je n’avais pas assez d’expérience et pour la seconde, je n’ai pas encore eu la réponse mais comme le musée des Douanes de Bordeaux embauche en décembre son régisseur, je suppose que ma candidature n’est pas retenue.
Je ne postule plus nulle part car Julien n’a pas trouvé d’emploi et son CDD s’arrêtant mi-décembre, il rentre à Toulouse pour re-rechercher du travail. Donc je n’ai absolument aucune idée de là où il me serait judicieux de chercher si nous voulons un jour arrêter cette relation à distance que nous avons depuis plus de 7 ans maintenant pour aborder quelque chose d’un peu plus… un peu moins… bref vous m’avez comprise.

La bonne nouvelle, c’est que je suis désormais stagiaire à la Commission Diocésaine d’Art Sacré, ce qui me prend en fait le peu de temps libre que j’avais réussi à me dégager après le concours… quand il va falloir préparer le(s) concours tout en étant secrétaire et commissioneuse, je ne sais pas quand je trouverais le temps de dormir ! A priori les chances que je sois embauchée à la Commission sont très faibles connaissant la richesse de notre diocèse, mais il est toujours très satisfaisant de pouvoir mettre en pratique tous les savoirs que j’ai acquis pendant mes études.

Mis à part, à la surprise générale, j’ai signé un CDI à Villefranche au mois d’octobre… en fait mon contrat initial n’était que de 3 mois et donc nous avons découvert fin septembre que je travaillais sans contrat depuis un bon mois ! J’ai donc eu 5 minutes pour me décider si je voulais toucher ma paye de septembre en temps et en heure.

Mais le grand évènement qui a eu lieu en octobre personnellement, ce sont mes fiançailles : je n’ai plus de petit copain mais un fiancé (hihi) ! Après un stress croissant dans les derniers jours, le jour J s’est relativement bien passé… la décoration de la salle (réalisée par ma maman) était tout à fait exceptionnelle, au point que je ne peux résister à vous la montrer en photo…


La table la veille (non je n’ai pas trouvé de photo plus petite)

Le bébé le plus beau du monde (cet avis est totalement impartial) et ses parents vous présentent la déco de jour

Et maintenant vous comprenez pourquoi vous avez attendu si longtemps avant de voir une photo de nous… il est impossible que nous soyons tous les deux à notre avantage sur la même photo ! Heureusement de temps en temps ma formidable marraine ou ma formidable maman se sont dévouées et font des grimaces à notre place (c’était bien la peine de me faire stresser avec “les photos des fiançailles qu’elles seront moches” pendant tout ce temps).

Allez, promis, j’essaye de vous faire un petit best-of des meilleures grimaces de fiançailles avant juillet 2011 !

Ah puis oui j’étais aussi légèrement brune ce jour-là et je portais un boléro de l’angoisse, c’est une très looongue histoire que je vous raconterais en même temps que le best-of de grimaces !

 
 

Premices de la peinture australienne : “View from Rose Banks” de Conrad Martens 13 novembre 2009

Enregistré dans : Winnie aime l'Australie, Winnie aime l'art — Winnie @ 18:00

Je ne sais pas si j’arriverais à mener à bien ce projet mais je me lance dans une présentation de quelques toiles qui ont jalonné la construction d’une histoire de la peinture australienne. Il existe aujourd’hui un art reconnu comme australien, mais à l’instar de l’histoire du pays il a mis du temps à s’affirmer comme tel et ce qui surtout fascinant ce sont les relations qu’il a entretenu pendant 2 siècles avec son père, l’art européen, et surtout avec son cousin, le “vrai” art australien, soit l’art aborigène.

Aujourd’hui, je vous présente donc une des premières toiles peintes en Australie :


View from Rose Banks, Conrad MARTENS, 1840
Huile sur toile, conservée à la National Gallery of Australia (Canberra)

Cette toile est tout à fait emblématique des premières peintures australiennes : les premiers artistes à s’intéresser à l’Australie sont mandatés par les grandes puissances européennes pour dépeindre ce nouveau territoire : ils accompagnent les expéditions pour faire l’inventaire des richesses du pays à coloniser. On trouve ainsi souvent des aquarelles de vues de la côte depuis la mer qui décrivent le paysage tant pour son intérêt esthétique en lui même que pour la stratégie militaire !
Ici d’ailleurs le point de vue est inversé : nous sommes sur la terre ferme et nous regardons la mer au loin. L’artiste est implanté sur ce sol, qui est devenu le sien.
La technique et le choix du sujet sont totalement traditionnels, participant au genre de la peinture de paysage, qui a connu son heure de gloire au XVIIIe siècle. Le procédé du fondu atmosphérique étant un trait caractéristique du paysage anglais. Aucun être humain n’est présent dans cette scène, rien que le paysage. Mais la tache rouge du plaid au premier plan, alliée à celle blanche de la chaise, attire l’attention du spectateur : un homme, l’artiste même sûrement, se tenait là il y a peu de temps ! Les maisons au second plan viennent renforcer cette impression : cet Eden est habité, colonisé par l’homme.
Nous ne sommes donc pas dans un pays sauvage, mais bien dans un pays civilisé… et qui peut rivaliser avec LE pays européen civilisé par excellence : l’Italie avec ses petites maisons blanches aux toits presque plats. Le peintre n’insiste pas du tout sur le caractère exotique de la végétation, bien au contraire, il noie la vue dans une brume qui rend le tout opaque, comme une vision. La vision du peintre se surimpose au paysage qu’il décrit.
Mais il maîtrise tout à fait sa technique car l’eucalyptus au premier plan à droite est parfaitement identifiable (la silhouette si particulière de l’eucalyptus étant LE défi de tout peintre de paysage du XIXe siècle !) même s’il est proche d’un arbre européen.

La place de cette toile dans la vie du peintre est un tournant : Conrad Martens est né en 1801 en Angleterre et y a été formé. En 1832 il s’embarque sur son premier navire en tant que topographe. Lors d’une autre expédition, il rencontre Darwin avec qui il se lie d’amitié. Il arrive à Sydney à 34 ans et y fera sa carrière, étant considéré comme le meilleur peintre de paysage de toute la Nouvelle Galles du Sud (évidemment c’est la National Gallery of Victoria (”mon” musée) qui a réalisé la première exposition de ses toiles en Australie - il avait déjà exposé ses aquarelles australiennes à Londres). La toile ci-dessus dépeint bien la baie de Sydney (l’avancée de terre à l’arrière plan à gauche donne une vue imprenable sur l’opéra aujourd’hui !), et les maisons italianisantes sont très fraîchement construites !
Par ce sujet et son traitement, Conrad Martens montre à ses contemporains que le paysage australien est aussi noble que les paysages traditionnellement représentés en peinture, et dépasse sa première vocation de topographe pour devenir un peintre à part entière.

Cette légitimité acquisen, il s’agira désormais pour ses successeurs de réussir à capter ce qui fait la spécificité du paysage australien.

 
 

Bill Bryson - Down Under 11 novembre 2009

Enregistré dans : Winnie aime blogguer, Winnie aime l'Australie, Winnie aime lire — Winnie @ 13:22

Parce que Berlin, c’est très joli et mystérieux, mais j’ai aussi un défi Blog-o-trésors à terminer moi d’ici décembre !

C’est donc avec beaucoup de retard que je vous présente le deuxième livre de mon défi lecture de l’année :

down under
ou “Nos voisins du dessous : chroniques australiennes” pour la version française

Hasard du tirage au sort, le deuxième livre de mon défi racontait donc un voyage en Australie… l’auteur, d’origine américaine mais vivant au Royaume-Uni, fait donc sur 460 pages (oui les “trésors” sont longs en général ^^’) le récit de ses différentes voyages aux Antipodes en donnant des petits trucs à ceux qui s’élanceraient sur ses pas . Le monsieur est apparemment extrêmement connu pour ses récits de voyage (la plupart du temps dans des pays anglophones…).
Il y avait aussi toute une sympathie qui émanait autour de ce livre d’après les différents participants au défi : Kesalul qui l’a proposé pour le défi, ou une autre Sophie

Ce récit se lit très facilement, l’auteur a de chouettes anecdotes, très amusantes et son style est léger et tout à fait compréhensible par quelqu’un dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. C’était un livre agréable à lire mais il ne m’a pas passionnée plus que ça. Je dirais que c’est “juste” un récit de voyage. Pour ceux qui apprécient ce style, ce récit remplit toutes les exigences du genre. Pour moi qui préfère la fiction et suis sensible à la construction d’un roman et d’un style, c’est trop juste pour en faire “un trésor”.

Déjà parce que certaines des impressions de l’auteur me laissent perplexe.
Il dit trouver l’Australie grande, ce qui m’étonne pour un américain ! A force de vivre à Londres, aurait-il perdu l’habitude des grands espaces ??? Les Etats-Unis sont-ils plus petits ou plus peuplés que l’Australie ? Car oui, pour un européen, réussir à s’habituer à la notion du “près” et du “loin” en Australie est très difficile ! Mais je ne m’attendais pas spécialement à ce genre de remarques de cet auteur !
Ensuite l’auteur n’a pas du tout aimé Canberra, que j’ai beaucoup appréciée (et dont absolument pas trouvé le temps de vous parler par ailleurs). Canberra, c’est un campus de parlementaires (un cadre que j’ai trouvé très agréable), agrémentés des plus grands musées australiens. Chaque personne dans l’auberge de jeunesse (moi la première !) regrettait de n’avoir pas prévu de rester plus longtemps car il y avait trop à voir et à faire !
Enfin je ne partage pas vraiment la fascination de l’auteur pour les anecdotes saugrenues. Pourtant, j’aime le kitsch et les traditions… mais là on est plus dans le fait façon livre des records, le plus grand animal, celui qui peut survivre le mieux dans un désert, etc. Plein de petits faits que vous pourrez ressortir pour faire la conversation en ayant l’air brillant et en donnant l’impression d’avoir vraiment pénétré le coeur du pays. Ce qui est vrai d’un certain côté car ce sont le même type d’anecdotes que vous racontent les australiens quand ils essayent de vous faire la conversation… mais malheureusement pour moi, ce livre présente les mêmes travers que le pays en question !

C’est tout de même un livre à recommander auprès de tous ceux qui veulent aller visiter l’Australie ou en reviennent car malgré tout, cela présente un bon panorama de ce que le pays a à offrir au touriste. C’est de plus un excellent roman pour lire sur la plage l’été et vous évader à moindre frais.

Pour terminer cette critique sur une note plus positive, mon extrait préféré (qui rend parfaitement bien compte d’un trait de caractère australien !) qui se trouve dans les premières pages :

L’auteur raconte l’un de ses voyages afin de réaliser un reportage pour un journal anglais, il est en train de se baigner dans la banlieue de Sydney en compagnie de son guide pour la journée nommée Deirdre, et qui est journaliste pour l’un des journaux nationaux australiens et du photographe, nommé Glenn, qui l’accompagnera ensuite pour illustrer son papier.

“What’s a bluey?” I asked, appalled to discover that there was some additionnal danger I hadn’t been told about.
“A bluebottle” she explained and she pointed to a small jellyfish of the type (as I later learned from browsing through a fat book titled, if I recall, Things that Will Kill You Horribly in Australia : Volume 19) known elswhere as a Portuguese man-of-war. I squinted at it as it drifted past. It looked unprepossessing, like a blue condom with strings attached.
“Is it dangerous” I asked.
Now before we hear Deirdre’s response to me as I stood there, vulnerable and abraded, shivering, nearly naked and hald drowned, let me just quote from her subsequent article in the Herald:

While the photographer shoots, Bryson and I boogie board and dragged 40 meters down the beach in a rip. The shore rip runs south to north, unlike the rip further out which runs north to south. Bryson didn’t know this. He didn’t read about the warning sign on the beach. Nor does he know about the bluebottle being blown in his direction - now less than a meter away - a swollen stinger that could give him 20 minutes of agony and, if he’s unlucky, an unsightly allergic reaction to carry on on his torso for life.

“Dangerous ? No”, Deirdre replied now as we stood gawping at the bluebottle. “But don’t brush against it”.
“Why not ?”
“Might be a bit uncomfortable.”

I looked at her with an expression of interest bordering on admiration. Long bus journeys are uncomfortable. Slatted wooden benches are uncomfortable. Lulls in conversations are uncomfortable. The sting of a Portuguese man-of-war - even people from Iowa know this - is agony. It occured to me that Australians are so surrounded with danger that they have evolved an entirely new vocabulary to deal with it.
“Hey, here’s another one”, said Glenn.
We watched another one drift by. Deirdre was scanning the water.
“Sometimes they come in wawes”, she said.”Might be an idea to get out of the water”.
I didn’t have to be told twice.

Et une petite traduction maison pour les non-anglophones :

“C’est quoi un “bluey”?” lui demandais-je, horrifié de découvrir qu’il pouvait exister encore un danger dont on ne m’avait pas parlé.
“C’est pour le mot “bluebottle”" m’expliqua-t-elle et elle me montra du doigt une petite méduse du genre (comme je l’ai appris plus tard en parcourant un très gros livre intitulé, si ma mémoire est bonne, Les choses qui vont vous tuer dans d’atroces souffrances en Australie, volume 19) connu ailleurs sous le nom de “vaisseau de guerre portugais”. Je plissais les yeux tandis qu’elle dérivait et nous dépassait. Ca avait l’air peu avenant, comme une capote bleue avec des ficelles.
“C’est dangereux ?” ais-je demandé.
Mais avant d’entendre la réponse que me fit Deirdre à ce moment-là, tandis que j’étais vulnérable et à découvert, grelottant, à moitié nu et à demi-noyé, permettez moi de citer l’article qu’elle fit paraître le lendemain dans l’Herald :

Tandis que le photographe prenait ses clichés, Bryson et moi fîmes du boogie board et furent attirés à 40 mètres du rivage par un courant. Le courant court au bord du rivage du sud au nord, à l’inverse du courant situé plus loin qui court su nord au sud. Bryson n’était pas au courant. Il n’avait pas lu le panneau à l’entrée de la plage. Il n’était pas au courant non plus de l’existence de la bluebottle entraînée par le courant dans sa direction - à moins d’un mètre - la piqûre de cette grosse outre pouvant lui faire subir 20 minutes d’agonie et, s’il n’avait vraiment pas de chance, une réaction allergique disgracieuse sur le torse qu’il devrait supporter à vie.

“Dangereux ? Non !”, répondit Deirdre tandis que nous continuions à regarder bouche bée passer la bluebottle. “Mais ne la frôlez pas.”
“Et pourquoi pas ?”
“Cela pourrait être un peu inconfortable.”

Je l’ai regardé avec un intérêt proche de l’admiration. Les longs voyages en bus sont inconfortables. S’asseoir sur un banc plein d’échardes est inconfortable. Les blancs dans une conversation sont inconfortables. La piqûre d’un “vaisseau de guerre portugais” - et cela même un habitant de l’Iowa le sait - c’est l’agonie. Il m’apparut soudain que les australiens sont tellement entourés de dangers que leur vocabulaire sur le sujet a complètement évolué de manière à pouvoir gérer la situation.
“Hey, en voilà encore une”, dit Glenn.
Nous en avons regardé une autre dériver à nos côtés. Deirdre scannait l’eau des yeux.
“Parfois, elles se déplacent par vagues”, dit-elle.”Ca pourrait être une bonne idée de sortir de l’eau”.
Elle n’a pas eu besoin de me le répéter.

 
 

Von Berlin, hat man mehr : l’énigme de la Zimmermannstrasse 9 novembre 2009

Enregistré dans : Winnie aime voyager, Winnie aime l'Europe — Winnie @ 17:18

Plus je regarde ces immeubles et plus je me dis qu’on est à un croisement entre le style art nouveau (le Jugendstil dont je vous parlais à Mexicoplatz) et le style art-déco.
Mais je peux me tromper.

Un historien de l’art qui est confronté à une énigme va alors sortir de son chapeau magique son arme ultime : la comparaison. En farfouillant sur l’excellent site berlin-en-ligne.com, qui - comme son nom ne l’indique pas - retrace l’histoire de l’architecture à Berlin, j’ai trouvé l’existence de ceci :

théatre hebbel berlin
Le Hebbel Theater (source : Berlin en ligne)

Ce théâtre n’est pas situé à Steglitz même mais à Kreuzberg, quartier qui, cela dit en passant, est également situé dans l’ancien secteur américain ! Ce théâtre a été conçu par un architecte hongrois et a été construit en 1908 dans le style Jugendstil et est d’ailleurs un des seuls théâtres de ce style ayant survécu jusqu’à nos jours.
Et je retrouve les mêmes caractéristiques observées sur nos immeubles de la Zimmerstrasse : des grandes fenêtres et une ornementation aux motifs similaires qui sont regroupées autour d’une zone précise du bâtiment…

Enfin, en faisant toutes ces recherches, j’ai découvert ceci :

Johannes Baader et Raoul Hausmann : [Dada est le chaos]
[Berlin] 12 octobre 1918
Communiqué du Club Dada

Dada est le chaos dont se lèvent mille ordres
qui s’engloutissent à nouveau dans le chaos Dada.
Dada est la marche et le contenu
des événements du monde silmultanément.

Le Club Dada invite les premiers
représentants du meilleur esprit allemand à débattre
des phrases des principes dadaïstes. Il sollicite également
votre opition et la rendra publique dans le numéro 5
de ses publications.

Veuillez agréer, Monsieur, Madame, l’expression de nos sentiments distingués.
Club Dada
Steglitz, Zimmermannstrasse 34
12 octobre 1918

Le Club Dada de Berlin était donc établi dans la Zimmermannstrasse !!! Cela témoigne que le quartier était “neuf” dans un sens et surtout très fréquenté dans les années 10 et 20. Ce qui conforte mon hypothèse de la construction d’immeubles d’habitation à cette époque.

Pour conclure, je dirais que ces très jolis immeuble de la Zimmermannstrasse semblent donc avoir été construits dans les années 20, après la Première Guerre Mondiale, lorsque Steglitz s’est intégré à Berlin, dans le style Jugendstil allemand.

Si quelqu’un a plus d’informations, des remarques, des arguments pour détruire mes hypothèses, surtout qu’il n’hésite pas à intervenir en commentaire !!!

 
 

Von Berlin, hat man mehr : Steglitz

Enregistré dans : Winnie aime voyager, Winnie aime l'Europe — Winnie @ 17:15

Reprenons donc notre promenade berlinoise (hein que de quoi, comme ça sans explications après 2 mois de suspens ? Ben oui.).

Il commençait donc à se faire tard, nous sommes donc parties en direction du wohnung de Lodi. Nous sommes arrivés à Steglitz, le quartier où vit Lodi. Une fois passée une grande rue pleine de magasins ressemblant à une grande rue pleine de magasins, on s’enfonce dans le quartier résidentiel, plein de très grands immeubles de couleurs pastels :

Et oui Lodi vit dans un palace de stuc en fait… bon en fait non, son immeuble à elle est plus modeste (et j’ai oublié de le prendre en photo) mais il appartient bien à cette famille d’immeubles à la grande verticalité et aux petites ornementations.
Et tu veux que je te dise… PERSONNE ne donne aucune explication sur ce quartier de Berlin sur la toile ! Sisi, ça fait 2 heures que je cherche et je n’ai rien trouvé.
C’est un scandale.

Alors pour tes petits yeux éberlués, voici une tentative de commentaire sur ces jolis immeubles de la Zimmermannstrasse de Steglitz. Attention rien n’est prouvé, tout ceci n’est qu’hypothèses. Qu’on vérifiera un jour… ou pas.

Où ?
Alors là, c’est super facile, dans le quartier de Steglitz donc, rue Zimmermann pour être très précis. Situé au Sud-Ouest de Berlin, Steglitz c’était un petit village situé sur la première route pavée construite par les prussiens en 1792 pour relier Berlin à Aachen et Cologne. Ledit village s’est fait peu à peu mangé par la grande ville jusqu’à devenir une part entière de celle-ci en 1920 (ahah aurait-on eu alors besoin de construire des immeubles d’habitation ???). Situé ensuite dans la partie américaine après la 2ème guerre mondiale (serait-ce eux qui ont créé ce délicieux mélange d’architecture au style indéfinissable ?). Puis il est devenu un nouveau quartier unifié à Zehlendorf après la réforme administrative de 2001.

Quoi ?
Des immeubles d’habitations, déjà “découpés” en appartements. “Décorés” également donc destinés de toute évidence à une population assez aisée.
Niveau style, je n’arrive pas à le définir (en même temps je ne suis pas vraiment spécialisée en histoire de l’architecture allemande !). On retrouve les caractéristiques des immeubles d’habitation de la première moitié du XXe siècle : de grandes fenêtres, une grande verticalité mise en valeur par des motifs ornementaux qui viennent souligner les ossatures et les lignes constructrices de l’architecture. J’ai par ailleurs déjà vu ce genre de motifs de guirlandes décoratives à Cologne, lors d’une balade pendant les JMJ. Avec le même type de couleurs de crépis vert-marron.
Mais je peux me tromper.

Quand ?
Alors là, c’est la question qui tue. A cause de l’architecture et surtout de la totale ignorance du style de l’architecture moderne (où le fonctionnalisme est plus important que l’ornementation, donc en gros on s’embête pas à mettre des petites guirlandes pour faire joli) et où le style est TRES épuré, je pencherais plutôt pour les années 20. Donc ça ne peut pas être des américains qui ont construit ça, ils n’étaient pas encore là. Tous ces éléments me font écarter totalement l’hypothèse de la construction d’origine américaine car il y a beaucoup trop d’éléments vraiment “allemands” et datés pour que ce soit du néo-art déco des années 50, dont je n’ai par ailleurs jamais entendu parler nulle part ailleurs que dans la Zimmermanstrasse qui nous intéresse. Je veux bien que les américains soient les rois de la néo-architecture mais il y a des limites !

 
 

Von Berlin, hat man mehr : Mexikoplatz 7 septembre 2009

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Après être descendue de mon bus préféré et m’être encore perdue, j’ai fini par atteindre le local des Pfadis de Lodi où je suis arrivée juste à temps pour le repas et rencontrer Chtef-Chtef alias le chef scout le plus beau du monde (et qui parle super bien français !).

Puis après le repas, Lodi a accepté de m’escorter avec ma valise jusqu’à Mexikoplatz (que viennent faire des mexicains dans la banlieue de Berlin je n’en sais rien !) soit dans le sens opposé à celui pour rentrer chez elle mais mon guide la signalait comme une très jolie place bordée de bâtiments art nouveau et une des scoutes nous l’a même recommandée pour son marché de Noël… information capitale au mois de juin !

Je vous avoue que j’ai été un peu déçue par la place en elle-même que j’ai trouvé un peu banale… mais c’est vrai que la gare de S-bahn (S-bahnhof) est tout à fait remarquable et typique de l’art nouveau !!! On dirait un peu la maison de Blanche-Neige construite par Gaudi. Elle a été construite entre 1904 et 1905 par deux architectes berlinois : Hart et Vessel (qui apparemment n’ont pas réalisé grand chose d’autre de connu).



La première photo du pont est de la communauté des amateurs de gares de S-bahn (sisi ça existe vraiment) et le gros plan sur le sigle des “Königlich Preußische Eisenbahn-Verwaltung” soit l’Administration Royale des Chemins de Fer Prussiens vient de Wikipédia.
La photo de la gare en elle-même est de Bayernernst, celle de l’intérieur est de Taiga the Fox et enfin celle de la très jolie porte de sortie est de Kalliope_vorleserin.

Et la prochaine fois, nous découvrirons le (très joli) quartier de Lodi.

 
 

Von Berlin, hat man mehr : Zehlendorf

Enregistré dans : Winnie aime voyager, Winnie aime l'Europe — Winnie @ 15:18

Après donc cet été fort studieux (ou pas parfois), je vais revenir en une série que j’espère brève sur les divers voyages que j’ai effectué, ponctuée ça et là d’autres choses parce que de toute façon on en a jusqu’à la Noël. Première étape : Berlin où je suis allée visiter à nouveau ma cousine Lodi.

Mon premier séjour dans la capitale allemande avait été vraiment trop bref (quelques heures entre deux avions pour - rappellez-vous - une histoire de visas pour les JMJ), là j’ai pu approfondir et découvrir encore mieux la jolie Berlin (où “on en a plus” selon ma traduction pas du tout approximative du slogan de l’office de tourisme). Je suis arrivée à Berlin en milieu d’après-midi un dimanche, et ma première mission était d’aller retrouver Lodi qui avait une réunion scoute (oui enfin comme elle passe 90% de son emploi du temps chez les scouts, ce n’était pas très étonnant).

Je suis donc partie à la rencontre du quartier de Zelhendorf, qui est tellement loin du vrai Berlin que ce n’était même pas sur le plan de mon super guide (Collection Top 10 “Voir”, Hachette, la meilleure collection du monde). Et en plus la rue pour y aller est en colimaçon, en gros elle tourne sur elle-même et arrivé au bout, on est obligé de faire demi-tour, j’avais jamais vu ça de ma vie, ils sont fous ces germains. Donc Zelhendorf, si j’ai bien compris, ça faisait pas vraiment partie de Berlin avant 2001, c’était un village indépendant dont le nom désignerait un campement slave du 7ème siècle (ahah Lodi tu es démasquée !). Ayant été dans la partie occupée par les américains après la Deuxième Guerre Mondiale, Zehlendorf ressemble effectivement à une banlieue américaine (ou canadienne, ou australienne) : de grandes rues droites avec des larges trottoirs séparés de la route et de grands terrains qui donnent sur la rue avec de grandes maisons. Beaucoup d’arbres.

rue zehlendorf
Une photo diffusée par Create Berlin

Les consignes de Lodi avaient été claires : quand tu sors de la station de S-bahn (l’équivalent du RER), tu tournes à gauche et surtout TU NE PASSES PAS DEVANT LE BURGER KING. Evidemment, évidemment, moi j’ai tourné à droite et je suis passée devant le Burger King sans le remarquer (enfin si je m’en suis rendue compte 3h après quand j’ai décrit mon trajet à Lodi !). J’ai cherché ensuite l’arrêt du bus que je devais prendre pour me rendre compte que ledit bus arrivait sur la voie d’en face ! J’ai alors couru couru couru avec ma valise pour traverser à un passage clouté (non mais je suis en Allemagne, je respecte les us et coutumes) et attraper mon bus et c’est rouge comme une pivoine et complètement à bout de souffle que j’ai expliqué au chauffeur que j’allais à tel arrêt et que je venais de la station de S-bahn en lui secouant mon billet devant les yeux pour qu’il me dise ce que je devais en faire. Il m’a juste dit “ya ya” et j’ai bien senti qu’il me prenait un peu pour une grosse neuneu mais je ne voulais vraiment pas qu’il croit que je suis une horrible petite française qui fraude les règles des gentils transports en commun allemands. La classe internationale c’est qu’au retour avec Lodi, nous sommes tombées sur le même chauffeur de bus… qui m’a reconnue ! Et a commencé à me taper la causette en allemand (alors que je ne lui avais parlé qu’en anglais) à la plus grande surprise de Lodi que l’aventure a fort enjouée.

 
 

Alors pour voir les étoiles filantes, c’est facile, tu te mets face au phare, une main sur l’oeil et tu regardes au Nord-Ouest 2 septembre 2009

Pour l’Etat Civil, il s’appelait Georges, né le 4 mai 1938 de l’autre côté de la Méditerranée, au cœur de la ville d’Alger, alors seconde capitale de la France.

Mais tout de suite, il devint Georgeot, fils aîné d’un père cheminot d’origine alsacienne et d’une toute jeune maman de 16 ans. D’une intelligence exceptionnelle, doux et timide, il eut à cœur au fil des ans d’apporter un soutien plein de tendresse à ses parents, allant jusqu’à tricoter la layette des plus jeunes et soulager par tous les moyens une charge de travail toujours croissante avec l’arrivée après lui de 7 frères et sœurs.

Il assuma avec tout autant de générosité ce rôle nouveau de frère aîné. Habile de ses doigts, il fabriquait des jouets en bois pour ses frères et habillait les poupées de ses sœurs. Il construisait aussi les meubles de famille avec déjà beaucoup d’ingéniosité. Toute sa vie, il resta pour la fratrie un guide généreux, rédigeant les lettres administratives, prêtant, donnant son matériel et son temps, offrant des cadeaux et soutenant financièrement les projets.

Malgré une scolarité stoppée un an par une grave méningite en 1951 alors qu’il avait 13 ans, il se montra brillant dans ses études et fut l’unique lauréat d’Afrique du Nord en 1958 au concours d’entrée à l’école d’ingénieur des Arts et Métiers. Il dut alors quitter sa famille et s’exiler seul en métropole à Aix en Provence de 1959 à 1963 où il devint Scipion l’Africain. Grâce à ce surnom, et malgré l’exil, il gardait pour toujours la marque de l’Afrique qu’on retrouverait à jamais dans sa signature.

L’Hymne des Gadzarts dit : « Fraternité, c’est là notre devise ». Ces mots étaient faits pour lui ! Il ne pouvait donc que devenir totalement gadzart : un ingénieur efficace, un technicien jusqu’au bout des ongles ( l’auriculaire, disait-il, doit toujours être taillé de manière à servir de tournevis on ne sait jamais ) esprit pratique refusant les fioritures ( les bassins avec des petits jets d’eau), d’une originalité affirmée ( il nous avait composé une chanson « mais qui c’est-y, qui c’est-y » qui n’a laissé que des souvenirs joyeux), peut-être aussi un goût prononcé pour les facéties ( sa blague préférée, c’était de crier « Pan » lorsqu’on ouvrait un cadeau d’anniversaire ; il en a traumatisé plus d’un ) sur un fond de discours paillard, dans le sens gadzarique du mot bien sûr ! Paillard voulant dire « amusant, drôle ».

Scipion l’Africain était un général romain qui avait traversé la Méditerranée pour attaquer Carthage, battre le grand Hannibal et en finir ainsi avec la seconde guerre punique. A son exemple, Georgeot sut tirer profit d’une situation pourtant déstabilisante et difficile pour lui : loin de sa famille, loin d’une terre natale en souffrance à cette époque-là, entourés de camarades sensiblement différents pour gravir les échelons de la réussite sociale et devenir un meneur d’hommes, de chantiers, d’équipes, de familles.

Ce fut aussi pour lui une époque d’avidité intellectuelle : il découvrit (et nous fit découvrir plus tard ) les romans en livre de poche, les opéras et Georges Brassens. Il avait en commun avec lui de tenir compte des actes plutôt que des mots, d’être sensible aux petites gens au grand cœur, à l’Auvergnat, à la Jeanne, de rendre concret et simple les grandes philosophies, et sous des dehors d’anarchiste d’être sans le savoir tout simplement un chrétien en actes.

Il suivit la voie de son père et postula en 1963 à la SNCF, qui accepta sa candidature : chef de district à Rodez, chef des ateliers de la voie à Chamiers, puis fonctionnaire supérieur à Paris. L’engagement du cheminot à l’esprit-maison cette fois encore fut total. Des trains, toujours plus de trains….Il mit au point plusieurs systèmes et participa au projet TGV.

Le 17 avril 1971 : Il épousa Marie-Paule et devint…. mon beau-frère. Cela lui fit une deuxième grande famille à soutenir de conseils juridiques et de plans d’architecte. Et bientôt une troisième famille… car en janvier 1972 arriva un petit Olivier, puis très vite en 1973 Ingrid montra le bout de son petit nez : même pantalon que son frère, mêmes chaussettes ( toujours l’esprit pratique !) Elodie, elle, n’arrivera que 13 ans plus tard, très étonnée de l’intérêt qu’elle suscitait chez ces quatre grands. Elle fit un soir une pause respiratoire et fut ramenée énergiquement par son père au souffle de la vie : il avoua alors n’avoir jamais très bien su quelle petite voix l’avait poussé vers le berceau à ce moment-là et envisageait l’existence d’un grand ordonnateur cosmique, quelque chose comme un super gadzart. Il fut un père plus éducateur que papa-poule, appelant sans relâche ses enfants à la réflexion.

Dans les années 80, il décida de visiter le monde, d’aller porter la flamme du chemin de fer français dans de lointaines contrées : en Argentine, au Chili, au Mexique, il devint « el senor ingeniero ». Il fut aussi mandaté par l’ONU pour une mission au Cameroun.
Sa générosité continuait de se manifester envers les jeunes : deux générations d’étudiants fauchés (de mère en fille !), les stagiaires plus ou moins norvégiens, deux ou trois étudiants argentins et une artiste mexicaine.

Mais le chemin de fer étant le moyen de transport de loin le plus écologique, il devint, une fois à la retraite, militant associatif. Encore un peu Scipion mais dans une version écologiste, il combattit Vulcania mais Saint Georges hélas ne terrassa pas le dragon. Dix ans avant tout le monde, il nous initia ensuite à la collecte des ordures sèches et des ordures mouillées (Georgeot, je n’y ai jamais rien compris et j’ai peur de ne pas être la seule)
Avec ses camarades, il occupa pendant une nuit une grotte qui devait être détruite, pour alerter les media sur la disparition des chauves-souris qu’elle abritait. Il était aussi président de l’Association « Des trains en plus pour demain ». Nous retrouvâmes avec surprise son nom ( notre nom !) sur une liste électorale aux élections municipales de mars 2008.

Enfin, en octobre 2002, il changea encore de nom et devint , dans la bouche de Sarah et plus tard, en 2006, d’Emma « Papinou ». Et il se transforma en papi-poule, c’est à dire en papi qui vous apprend à nourrir les poules. On n’en avait pas fini avec les « pan » aux fêtes d’anniversaire !

Pourtant, malgré une volonté de fer, la maladie, longue et douloureuse, finit par l’emporter mais il s’est battu jusqu’au bout, “de ses minuscules restes de forces contre son cancer de tout”.

C’est pourquoi, nous tous ici rassemblés, nous vous disons : merci Georges pour tout ce que vous avez fait pour nous, merci Georgeot, merci Scipion , merci monsieur l’ingénieur, merci Papa, merci Tonton, merci Jojo, merci Papinou. On ne vous oubliera pas et vous nous manquerez les soirs de Noël mais comme l’a chanté Brassens dans « Les copains d’abord » jamais, au grand jamais, votre trou dans l’eau ne se refermera.

Il faut croire, il faut croire à nos retrouvailles là-haut, sur les strapontins du Bon Dieu.

Texte écrit par ma maman et lu lundi après-midi.